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La fille de l'or et d'un esclave noir | |
| jeudi 14 mars 2002 | ||
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Après une étape inattendue à Mariana, je reprends ma route à travers les collines du Minas Gerais. Cette région, située au nord de l’état de Rio, porte en son cœur un véritable joyau. ![]() ![]() Né de la cupidité des chercheurs d’or et de l’esclavage des noirs, Ouro Prêto est un chef d’œuvre d’architecture baroque qu’aucune ville du Brésil ne saurait égaler. ![]() Le bus s’arrête sur la place Tiradentes, célèbre instigateur de l’Inconfidenciâ qui fut le premier soulèvement pour l’indépendance du Bresil. A peine arrivée, je me perds avec bonheur dans le dédale des ruelles. Alors que je tombe en arrêt devant l’imposante façade d’une église, deux hommes interrompent leur conversation pour m’indiquer le nom de l’édifice. ![]() Devant le déferlement de questions qui s’en suit, l’un d’eux se prend de sympathie pour ma curiosité et entreprend de me livrer les secrets de sa ville. Joninho m’invite à découvrir l’entrée d’une mine désaffectée, située dans le jardin de sa maison. ![]() A droite du tunnel, une alcôve en pierre abrite l’effigie d’un homme, sous laquelle on peut lire l’inscription « Chico Rey ». Intriguée par la statuette, j’interroge mon hôte qui me conte alors l’histoire de la ruée vers l’or et la destinée exceptionnelle de cet esclave, qui travailla dans les mines. ![]() Lorsqu’ils explorent la région pour la première fois, à la fin du 17ème siècle, les colons portugais ne se doutent pas qu’ils viennent de découvrir un nouvel eldorado. Les pioches des mineurs vont bientôt mettre à jour les premières pépites, révélant ainsi le plus grand gisement d’or de tout l’hémisphère occidental. ![]() A cette nouvelle, la fièvre de l’or se propage dans tout l’Empire. Des navires quittent rapidement les côtes portugaises à destination de la terre promise. A leur bord, des hommes prêts à tout abandonner pour tenter de faire fortune dans l’exploitation des mines. Certains prospecteurs deviendront richissimes, d’autres mouront de faim les poches remplis d’or. ![]() Un siècle avant la ruée vers l’or californienne et australienne, celle du Nouveau Monde fut aussi folle, cruelle et violente. Les maladies et la famine sévissaient dans des cités minières, réputées pour leur débauche. Cette époque a fait la légende de riches propriétaires miniers, d’esclaves comme Chico-Rei, de grands artistes baroques, mais également de prostituées comme la célèbre Chica da Silva à Diamantina. ![]() Les rêves d’or des aventuriers portugais vont contribuer à la richesse de la couronne mais également à l’essor du Nouveau Monde, lui donnant ses premières velléités d’indépendance. Pour se soustraire au paiement de la taxe sur l’or, édictée par le Roi du Portugal, les mineurs paulistas dissimulent la précieuse poudre dans l’effigie des saints. ![]() Puis devant le poids croissants des impôts et les contrôles stricts de l’administration royale, les colons se révoltent et tentent de proclamer l’indépendance. ![]() Les rebelles se réunissent régulièrement dans la maison d’un certain Tiradentes, à quelques rues de la place qui porte aujourd’hui son nom. Bel hommage à celui qui finit écartelé en ce lieu… En 1711, deux après l’échec de l’Inconfidência, Villa Rica de Ouro Prêto sera fondée. ![]() Encouragée par l’expansion des mines, la traite des noirs se développe. Les marchands d’esclaves capturent parfois des tribus entières en Afrique avant de les embarquer pour une longue traversée sur l’Atlantique. Le cauchemar ne fait que commencer pour ces déracinés. Ils mouront d’épuisement, enchaînés à leurs marteaux, et disparaîtront par milliers, ensevelis dans les galeries profondes ou décimés par les nombreuses épidémies. ![]() Malgré la misère dans laquelle il se trouve brutalement plongé, un homme, roi d’une tribu africaine, va réussir le pari de la liberté en sauvant tous les siens. Chico-Rei, premier abolitionniste du Brésil, est une légende vivante, un héros aujourd’hui cher au cœur des afro-brésiliens. ![]() Alors que la ruée vers l’or enflamme toute la région, il est fait prisonnier avec toute sa tribu. Expédiés au Brésil, l’ensemble des hommes et des femmes sont achetés par un propriétaire de mines d’Ouro Prêto. ![]() Chico-Rei se voit assigner la tâche de contre-maître de la mine. Travaillant sans relâche, dimanches et jours fériés, il finit par acheter sa propre liberté avant de délivrer son fils, Osmar. Ils parviendront ensuite à sortir un à un, des mines, tous les membres de leur tribu, mettant fin à des années de servitude. ![]() La communauté rassemble ses gains pour acquérir la mine d’Encardadeira. Par chance, celle-ci recèle des ressources fabuleuses et la tribu entame alors une existence riche et paisible sur les collines du Minas Gerais. Chico-Rei règne de nouveau parmi les siens, célébrant les fêtes africaines en costume traditionnel. ![]() Lorsqu’il apprend qu’un esclave affranchi tient une cour royale à Ouro Prêto, le Roi du Portugal blêmit. Dès lors, les esclaves perdent le droit d’acheter leur propre liberté. ![]() Hormis ce pied de nez à l’histoire, la richesse des paulistas s’est construite sur le sort tragique des esclaves. Grâce à l’exploitation impitoyable des indiens puis des noirs qui extraient, chaque jour, le précieux métal des roches souterraines, les colons vont bâtir une cité prospère. ![]() L’or achète les services de grands artistes qui vont édifier une ville à la beauté architecturale homogène. La réputation de la Villa Rica doit notamment beaucoup à l’œuvre de l’illustre sculpteur baroque, Aleijadinho. ![]() Peu éprouvées par le passage du temps, ses rues pavées, très escarpées, serpentent entre les murs de pierre, les fontaines sculptées, les églises et les statues au style raffiné. A travers la brume, par delà les toits de tuile rouge, parsemés de clochers, le Pic de Colomy veille sur cette ville splendide qui, des années durant, fut la plus riche du Nouveau Monde. ![]() Un autre voyage dans le temps m’attend sur le chemin qui me ramène vers Rio de Janeiro. Après avoir fait étape à Sao Joao del Rei, j’emprunte la ligne de train qui mène au village de Tiradentes. Arrail da Ponta do Morro a été rebaptisée en l’honneur du héros de l’Inconfidência, né dans une ferme voisine. ![]() ![]() Les trains Baldwin qui circulent sur cette voie ferrée de 76 cm de large sont les mêmes depuis plus d’un siècle. Maria Fumaça, la locomotive à vapeur, émet un sifflet strident avant d’envoyer un gros nuage de fumée lécher le toit des wagons où siègent ses heureux voyageurs. ![]() L’ancien hameau d’Arrail da Ponta abrite encore les maisons coloniales aux couleurs vives, construites par les premiers arrivants, il y a deux siècles. Rien depuis n’est venu troubler l’atmosphère douce et paisible qui règne le long de ses balcons fleuris. ![]() ![]() La Matriz de Santo Antonio, magnifique église érigée sur les hauteurs de la ville, accueille autant de fidèles qu’il y a d’habitants à Tiradentes. Les descendants des chercheurs d’or ne manquent pas une messe dominicale, prenant plaisir à bavarder sur le parvis ensoleillé, à la sortie de l’office. ![]() ![]() Je reprends la route vers Rio de Janeiro, qui doit elle-même son essor au temps de la ruée vers l’or. Ville portuaire où les navires chargés du précieux métal appareillaient, elle se développa considérablement et est aujourd’hui bien plus célèbre que les magnifiques cités minières fourmillant d’églises des collines du Minas Gerais. ![]() |
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