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Un pays de conteurs
samedi 8 décembre 2001

Après une halte au village de Yasso, où les enfants de Constellation ont réalisé de superbes peintures sur le Mali, nous reprenons la route vers le Village d’enfants SOS de Socoura, près de Mopti. Etienne Kamaté (Responsable Constellation Mali) se joint sera un traducteur précieux pendant les ateliers d'écriture. Si les aînés parlent le Français, la plupart des enfants préfèrent s'exprimer en Bambara.

Arrivées en pleine chaleur, nous sommes accueillis à bras ouverts par le directeur adjoint du village SOS. C’est lui qui supervise le bon fonctionnement du village en l’absence du directeur, parti en tournée au Burkina Faso. Il nous guide de maison en maison à la rencontre des familles recomposées. Douze mamans SOS, toutes secondées par une tante, prennent soin d’une dizaine d’enfants chacune. Elles nous adoptent immédiatement et vont nous traiter comme des coqs en pâte pendant tout le séjour.

Tous les enfants du Village SOS sont scolarisés dans une école publique de Sévaré. Cependant les classes comptent plus de 150 élèves, des cours complémentaires sont donc dispensés par trois professeurs au sein même du village. Nous réaliserons l’atelier d’écriture avec le groupe du matin. Réunis sur une grande natte, utilisée chaque soir pour la prière, Awa, Adama, Félicité, Drissa, Philomène et leurs camarades se réjouissent à l’idée de transformer leurs leçons en séances de bavardage créatif.

Le premier atelier d’écriture, consacré à la découverte des éléments culturels à introduire dans le conte, est très animé. Alors que nous parlons des traditions culinaires de leur pays, les enfants s’aperçoivent que nous ne connaissons presque aucun plat de la région. Soucieux de nous faire découvrir leur cuisine, ils vont chercher un à un les ingrédients méconnus dans leur maison et pousseront même le professionnalisme jusqu’à nous faire goûter, à chaque repas, une spécialité préparée par leurs mamans.

La matinée se termine par un concert de balafon et de tam-tams : les enfants et même les professeurs ne résistent pas à quelques pas de danse. Joyeusement mis au parfum par leurs frères et sœurs, les enfants du groupe de l’après-midi demandent à leurs professeurs s’ils pourront aussi jouer du Djembé et écrire un conte en lieu et heure des leçons de mathématiques...

Lors de la deuxième séance, les enfants forment quatre groupes, choisissent un porte-parole et un nom à leur équipe. Les lions, les hippopotames, les panthères et les éléphants vont rivaliser d’imagination pour écrire le conte du Mali].

Ils vont nous épater par leurs trouvailles et leurs esprits créatifs débridés. Certains auraient sans doute été capables d’écrire un livre entier tant leur récit était riche et surprenant par ses multiples rebondissements. Certains passages très farfelus nous ont beaucoup fait rire et nous avons passé un moment merveilleux, pris par un suspens grandissant au fur et à mesure de la construction des contes. Il est vrai que dès leur jeune âge, les enfants d’ici sont bercés par les récits de contes, transmis oralement de génération en génération de façon traditionnelle en Afrique.

Nous voilà donc parties à l’aventure avec Adama, le fils du chef, Soundiata, le fils du forgeron et Bakemba, jeune chasseur intrépide, qui se voient confier une mission des plus délicates. Les statuettes sacrées Do Nyéléni et Petite Nyélé ont été dérobées de leur sanctuaire... Or sans ces précieux objets de culte, il sera impossible de célébrer les rites de passage des adolescents du clan. Il faut donc découvrir les responsables de ce vol et surtout retrouver les fétiches au plus vite. Sans cela, les adultes ne pourront pas transmettre les vertus de leurs ancêtres aux enfants de la communauté...

Les panthères nous conteront ensuite l’histoire de Marie… et d’Ousmane qui se rencontrent sur la route de Djenné. Avant leur arrivée en ville, un étrange femme leur fait promettre de porter un colis à sa fille, prénommée Fatoumata. Sans donner d'explication, la pauvre vieille se lamente de ne pas avoir pu revoir son enfant depuis le mariage de celle-ci. Ne trouvant pas la jeune femme dans la ville mais ayant promis de lui remettre ce mystérieux paquet, nos deux héros partent à sa recherche. Leur chemin sera parsemé d'embûches, et ils ne tardent pas à comprendre qu'on veut les empêcher de retrouver Fatoumata. Au fil des rencontres, ils découvrent des indices sur la disparition de la jeune femme.

Le dernier week-end nous met sur les genoux entre matchs de foot, chat perché, saut à l’élastique et jeux de mains en chanson bambara (la technique du yaourt marche aussi bien que pour l’anglais…).

Ce n’est pas évident d’être un enfant ! Surtout quand on est grand… et qu’à la fin de ces activités, les petits viennent se planter devant vous en scandant d’un air éploré et malicieux à la fois : « l’avion, l’avion ». Comment résister à ces frimousses ? Je me transforme donc en manège le temps de quelques loopings à bout de bras, après quoi ils n’ont qu’une envie… recommencer.

Le temps du mea culpa est venu (c’est bientôt Noël…) : j’avoue que nous avons un peu – beaucoup – chahuté avec la joyeuse marmaille qui compose le Village, même s’il est vrai que les enfants ne nous ont pas attendu pour faire les pieds au mur...

Les grands viennent nous voir le soir, toujours accompagnés de deux ou trois bouts de chou qui ont réussi à se faufiler. Nous organisons des concours de chant devant la caméra. C’est comme cela qu’est né le premier groupe de rap du village, formé par Adama, Issiaka et Ismaël. Les filles se prêtent également au jeu : Fanta, Sara et Ana interprètent une chanson qui parle du sida et des ravages que fait le virus sur le continent africain.

Le clou du séjour est l’organisation d’une soirée, pour laquelle nous avons demandé une dérogation car nous sommes en période de ramadan. La fête commence par un spectacle de danses traditionnelles au son du djembé. Après quelques cours de mise à niveau indispensables, nous nous joignons avec grand plaisir aux danseuses qui font face aux garçons. Les jeunes spectateurs, qui nous connaissent pourtant déjà, sont pris de fou-rire à la vue de ces deux toubabous qui tentent de se fondre dans le tableau.

Au moment de partir, il m'est difficile de quitter Sata une petite fille avec qui je me suis liée d’amitié pendant le séjour, et de dire au revoir à mon copain du jardin d’enfant, Damis – 4 ans.

Alors que le moteur de Tipie ronronne déjà, j'ai du mal à lâcher les mains de Zara et de Fanta. Ce séjour restera pour nous synonyme de rencontres très émouvantes et de moments magiques passés en compagnie des enfants.

La réalisation de l’atelier d’écriture dans ce village a également été l’occasion de découvrir le travail de l’association SOS Village d’enfants Mali. Les personnes investies dans cette association ont réellement le souhait de redonner confiance à des enfants en situations difficiles, souvent orphelins. Pris en charge par l’association, ils reprennent espoir et retrouvent confiance en eux.

Après avoir vu jouer et rire Adama, Mariam, Damis ou Bernadette, il est assez triste d’imaginer où seraient ces enfants si l’association n’avait pas été là à un moment difficile de leur vie... L’idée qu’une vie, chacune de leur vie, est précieuse est alors devenue palpable, comme une petite main dans la nôtre.

Sur un mur du village, il est écrit : « Chaque enfant sauvé du néant est un arbre qu’on plante et qui contribue à faire reculer le désert ».

Marie-Eve Coulomb

 

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