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S'ouvrir à la culture indienne
lundi 1er avril 2002

L'arrivée des chrétiens en Amérique

Les conquérants européens, les conquistadores, apportèrent d'abord en Amérique la destruction, le pillage, la servitude et la mort. Ce fut le génocide indien, perpétré par des hommes qui n'avaient d'autre supériorité que militaire : une marine puissante, le cheval, les armes à feu, le canon.

S'OUVRIR à la culture INDIENNE

Au lieu de s'ouvrir aux cultures amérindiennes, ils accomplirent la "destruction des Indes", selon le titre même d'un grand témoin, l'évêque Barthélemy de Las Casas, dont le père avait été un compagnon de Christophe Colomb. Il avait commencé sa vie en recevant des terres volées aux Indiens et en les exploitant par le travail forcé jusqu'à ce que, prenant conscience du crime commis dont il était complice, il se convertisse, renonce à la propriété de ces terres et de ces hommes, née dans le sang, et devienne à la fois le témoin, le premier historien du crime, et l'apôtre militant et solitaire de la "protection des Indiens". Il fut longtemps le seul, et demeura parmi le nombre infime de prêtres, qui, avec Vasco de Quiroga, surent proclamer : "Je ne suis pas l'évêque des Espagnols, mais des Indiens", et qui, avec le dominicain Montesinos, dès 1511, osèrent distinguer christianisme et hispanité... Quelques exceptions héroïques d'hommes en butte à l'administration coloniale...

UN PRETEXTE "SPIRITUEL"

Le dieu que le christianisme officiel apportait et qui servait de prétexte "spirituel" à l'invasion, au massacre et au nouvel esclavage, était une sanglante idole. C'était d'abord un christianisme strictement occidental, hellénisé et romanisé depuis des siècles, refusant de reconnaître toute culture autre que gréco-romaine, fossilisé depuis des siècles dans la scolastique.

De 1492 à 1551, toute une civilisation est détruite par les Espagnols, après la chute des Empires inca et aztèque. L'Indien meurt ou est contraint au travail forcé dans les terres qui lui ont été volées pour devenir la propriété des envahisseurs ( les encomiendas ). Tout le pouvoir colonialiste est aux mains de l'Espagne qui gouverne à la fois l'Eglise et le continent américain.

D'UN JOUG A L'AUTRE

Depuis 1620 - Jésuites mis à part - les missionnaires ont cessé de parler aux Indiens dans leur langue et les paroisses sont surtout conçues pour garantir la résignation et la soumission des peuples opprimés. Les vaines révolutions de ces derniers pour l'indépendance sont condamnées par une Encyclique en 1816. Par la suite, le lien colonial avec l'Espagne ne sera rompu que pour céder la place au joug anglais : l'Amérique latine vend ses matières premières à l'Angleterre et devient un débouché pour les produits manufacturés anglais... d'où l'arrivée au pouvoir, au milieu du XIXè siècle, d'une bourgeoisie athée et pragmatique, bourgeoisie enrichie par l'exploitation du peuple réduit à la misère, bourgeoisie finalement balayée par la crise de 1929...

Depuis lors, face aux assauts de masses populaires misérables, les castes militaires prennent directement le pouvoir... avec l'aide des Etats-Unis, soucieux de prendre la relève du néo-colonialisme anglais.

Dans le même temps, on voit apparaître des mouvements originaux, qui amèneront l'Argentin Enrique DUSSEL à écrire dans son Histoire et théologie de la libération (Ed. ouvrières, 1974) : " Bien que Christophe Colomb soit arrivé en Amérique en 1492, c'est seulement aujourd'hui que nous sommes en train de découvrir l'Amérique, surtout l'Amérique latine." Et Roger GARAUDY de commenter, dans son Appel aux vivants (1979) : " Découvrir l'Amérique, c'est découvrir tout ce qu'elle portait en elle de spécifique, dans la richesse de ses cultures et de ses civilisations, c'est découvrir les occasions perdues de l'histoire, c'est-à-dire la possibilité d'enraciner la foi à partir d'une culture qui ne soit pas seulement occidentale, gréco-romaine, mais à partir des valeurs vécues des Incas ou des Aztèques. C'est être capable de prendre ce recul par rapport à soi-même, de relativiser sa propre culture, de comprendre ce qu'il y a de contingent dans le fait que le christianisme, depuis le début du IVè siècle, s'est exprimé dans les cadres de la philosophie grecque et a triomphé politiquement en empruntant les hiérarchies de l'Empire romain. Alors seulement, des cultures et une foi pourront se déployer et créer un monde nouveau sans avoir à renier ou à abandonner leur propre civilisation, mais en la fécondant et en la transformant de l'intérieur..."

Inculturation ? C'est en tout cas l'époque des "théologies de la libération", où le péruvien Gustavo Guttierez, auteur d'une Théologie de la libération, au début des années 70, jouera un rôle important...

Marie-Eve Coulomb

 

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